FJAQ

Le poids psychologique du racisme et des microagressions

Le poids psychologique du racisme et des microagressions Auteur.ice : Peterson Antenor, agent de recherche Ustawi, FJAQ Dans la soirée du jeudi 11 septembre 2025 s’est tenu, au parc de la Pointe aux lièvres, un ciné plein air organisé par l’équipe du FJAQ en collaboration avec l’Engrenage Saint-Roch. À l’affiche, le film Haïti-Québec (1985) réalisé par Tahani Rached. Ce documentaire met en spectacle le racisme décomplexé des Montréalais utilisé comme arme de concurrence à l’encontre des chauffeurs de taxi d’origine haïtienne dans un contexte de crise de l’industrie du taxi de l’époque.Il nous livre aussi les difficultés d’adaptation des familles haïtiennes confrontées à l’isolement et la solitude, la dépression et l’impérieuse nécessité d’éduquer « autrement » les enfants.Peterson Anténor et Houmou ont eu un échange avec Imeda, nous vous livrons un extrait de leurs échanges. Élargir le champ d’action La participation citoyenne des jeunes Noir·e·s est déjà bien réelle. La question n’est pas de “commencer”, mais de reconnaître et de renforcer ce qui existe. Pour cela, deux dimensions doivent être envisagées : le rôle des institutions et le soutien à une présence accrue dans les espaces décisionnels. Le rôle des institutions : reconnaître et pérenniser l’existant Soutenir la présence des jeunes dans les espaces sous-représentés Les institutions — qu’il s’agisse des municipalités, des écoles, des organismes publics ou des bailleurs de fonds — ont une responsabilité claire : valoriser et soutenir durablement les initiatives qui émergent déjà des communautés. Cela peut passer par : Des programmes de financement qui respectent l’autonomie des projets communautaires au lieu de les contraindre à se conformer à des cadres prédéfinis. La reconnaissance officielle (médiatique, politique, académique) des initiatives locales comme formes légitimes de citoyenneté. Des partenariats égalitaires, où les jeunes sont considéré·e·s comme acteurs et actrices et non comme “bénéficiaires”. Reconnaître ces initiatives comme de véritables pratiques citoyennes, c’est élargir la définition de la citoyenneté elle-même. Au-delà de la reconnaissance de l’existant, il est également essentiel de soutenir la présence des jeunes Noir·e·s dans les lieux où leurs voix sont encore trop peu entendues : conseils municipaux, instances consultatives, tables de concertation, espaces de recherche et de décision publique. Ici, l’enjeu n’est pas d’“assimiler” les jeunes à des structures héritées, mais de : Créer des conditions inclusives qui permettent leur participation sans effacement de leurs réalités et perspectives. Assurer un accompagnement (mentorat, ressources financières, formation adaptée) qui donne aux jeunes la possibilité de s’exprimer et d’influencer sans être marginalisé·e·s. Favoriser la transformation des institutions elles-mêmes pour qu’elles deviennent réellement représentatives et accueillantes. L’objectif est d’enrichir les institutions de l’apport de cette jeunesse grâce à ses réalités et sa créativité. Les institutions — qu’il s’agisse des municipalités, des écoles, des organismes publics ou des bailleurs de fonds — ont une responsabilité claire : valoriser et soutenir durablement les initiatives qui émergent déjà des communautés. Cela peut passer par : Des programmes de financement qui respectent l’autonomie des projets communautaires au lieu de les contraindre à se conformer à des cadres prédéfinis. La reconnaissance officielle (médiatique, politique, académique) des initiatives locales comme formes légitimes de citoyenneté. Des partenariats égalitaires, où les jeunes sont considéré·e·s comme acteurs et actrices et non comme “bénéficiaires”. Reconnaître ces initiatives comme de véritables pratiques citoyennes, c’est élargir la définition de la citoyenneté elle-même. Au-delà de la reconnaissance de l’existant, il est également essentiel de soutenir la présence des jeunes Noir·e·s dans les lieux où leurs voix sont encore trop peu entendues : conseils municipaux, instances consultatives, tables de concertation, espaces de recherche et de décision publique. Ici, l’enjeu n’est pas d’“assimiler” les jeunes à des structures héritées, mais de : Créer des conditions inclusives qui permettent leur participation sans effacement de leurs réalités et perspectives. Assurer un accompagnement (mentorat, ressources financières, formation adaptée) qui donne aux jeunes la possibilité de s’exprimer et d’influencer sans être marginalisé·e·s. Favoriser la transformation des institutions elles-mêmes pour qu’elles deviennent réellement représentatives et accueillantes. L’objectif est d’enrichir les institutions de l’apport de cette jeunesse grâce à ses réalités et sa créativité. L’impact du racisme sur la santé mentale des Afro-descendant.e.s 1. Que peux-tu dire sur l’impact psychologique du racisme chez les personnes qui en sont victimes ? Je vous offre ce témoignage d’une « amie Facebook » publié le 8 juillet dernier sur son mur. Les réseaux sociaux ne sont pas seulement des espaces d’échanges et de rencontres pour moi, ils sont aussi des terrains de recherches et d’observations. Elle a partagé dans sa publication le lien vidéo de la chanson Fight de Power du Groupe rap légendaire Public Enemy sortie en 1989 : « Pour moi, la danse, c’est la vie. C’est mon antidépresseur. Mon oxygène. C’est ce qui me meut et me garde en vie. La danse pour moi est toujours une guérison. Mais aujourd’hui, j’ai vécu un moment particulier : j’ai dansé sur “Fight the power”, de Public Enemy, dans la chambre de mon enfance. Ça m’a ramenée en 1989, alors que j’étais adolescente et que j’écoutais cette même musique dans cette même chambre. À l’époque, je combattais, seule, le racisme intériorisé à l’extrême de ma mère, le racisme colonial de mon père, et le racisme xénophobe généralisé de la société québécoise. Public Enemy est arrivé dans ma vie en 1987, et m’a donné la force, les connaissances, l’énergie pour continuer à me battre et même à me battre encore plus et encore plus fort. Ce groupe a sauvé ma vie. Il m’a aidé à comprendre mon histoire, notre histoire. Il m’a donné le courage de résister, les mots pour le faire. Il m’a sorti de mon isolement pour m’inscrire dans tout un mouvement de résistance pluricentenaire. À l’époque, je ne savais pas que ma mère était ayitienne, alors, ma référence, c’étaient les afro-américain-e-s, que je considère encore aujourd’hui comme mes frères et sœurs, de lutte, de cœur et de sang. Je me souviens que j’écoutais cette musique très fort dans ma chambre, à en faire trembler ma maison, pour enterrer le racisme de mes parents. C’était la guerre ! Mes parents m’interdisaient d’écouter cette musique “de singe”, et

Haïti-Québec : de la complicité au racisme systémique

Haïti-Québec : de la complicité au racisme systémique Auteur.ice : Peterson Antenor, agent de recherche Ustawi, FJAQ Dans la soirée du jeudi 11 septembre 2025 s’est tenu, au parc de la Pointe aux lièvres, un ciné plein air organisé par l’équipe du FJAQ en collaboration avec l’Engrenage Saint-Roch. À l’affiche, le film Haïti-Québec (1985) réalisé par Tahani Rached. Ce documentaire met en spectacle le racisme décomplexé des Montréalais utilisé comme arme de concurrence à l’encontre des chauffeurs de taxi d’origine haïtienne dans un contexte de crise de l’industrie du taxi de l’époque.Il nous livre aussi les difficultés d’adaptation des familles haïtiennes confrontées à l’isolement et la solitude, la dépression et l’impérieuse nécessité d’éduquer « autrement » les enfants.Peterson Anténor et Houmou ont eu un échange avec Imeda, nous vous livrons un extrait de leurs échanges. Élargir le champ d’action La participation citoyenne des jeunes Noir·e·s est déjà bien réelle. La question n’est pas de “commencer”, mais de reconnaître et de renforcer ce qui existe. Pour cela, deux dimensions doivent être envisagées : le rôle des institutions et le soutien à une présence accrue dans les espaces décisionnels. Le rôle des institutions : reconnaître et pérenniser l’existant Soutenir la présence des jeunes dans les espaces sous-représentés Les institutions — qu’il s’agisse des municipalités, des écoles, des organismes publics ou des bailleurs de fonds — ont une responsabilité claire : valoriser et soutenir durablement les initiatives qui émergent déjà des communautés. Cela peut passer par : Des programmes de financement qui respectent l’autonomie des projets communautaires au lieu de les contraindre à se conformer à des cadres prédéfinis. La reconnaissance officielle (médiatique, politique, académique) des initiatives locales comme formes légitimes de citoyenneté. Des partenariats égalitaires, où les jeunes sont considéré·e·s comme acteurs et actrices et non comme “bénéficiaires”. Reconnaître ces initiatives comme de véritables pratiques citoyennes, c’est élargir la définition de la citoyenneté elle-même. Au-delà de la reconnaissance de l’existant, il est également essentiel de soutenir la présence des jeunes Noir·e·s dans les lieux où leurs voix sont encore trop peu entendues : conseils municipaux, instances consultatives, tables de concertation, espaces de recherche et de décision publique. Ici, l’enjeu n’est pas d’“assimiler” les jeunes à des structures héritées, mais de : Créer des conditions inclusives qui permettent leur participation sans effacement de leurs réalités et perspectives. Assurer un accompagnement (mentorat, ressources financières, formation adaptée) qui donne aux jeunes la possibilité de s’exprimer et d’influencer sans être marginalisé·e·s. Favoriser la transformation des institutions elles-mêmes pour qu’elles deviennent réellement représentatives et accueillantes. L’objectif est d’enrichir les institutions de l’apport de cette jeunesse grâce à ses réalités et sa créativité. Les institutions — qu’il s’agisse des municipalités, des écoles, des organismes publics ou des bailleurs de fonds — ont une responsabilité claire : valoriser et soutenir durablement les initiatives qui émergent déjà des communautés. Cela peut passer par : Des programmes de financement qui respectent l’autonomie des projets communautaires au lieu de les contraindre à se conformer à des cadres prédéfinis. La reconnaissance officielle (médiatique, politique, académique) des initiatives locales comme formes légitimes de citoyenneté. Des partenariats égalitaires, où les jeunes sont considéré·e·s comme acteurs et actrices et non comme “bénéficiaires”. Reconnaître ces initiatives comme de véritables pratiques citoyennes, c’est élargir la définition de la citoyenneté elle-même. Au-delà de la reconnaissance de l’existant, il est également essentiel de soutenir la présence des jeunes Noir·e·s dans les lieux où leurs voix sont encore trop peu entendues : conseils municipaux, instances consultatives, tables de concertation, espaces de recherche et de décision publique. Ici, l’enjeu n’est pas d’“assimiler” les jeunes à des structures héritées, mais de : Créer des conditions inclusives qui permettent leur participation sans effacement de leurs réalités et perspectives. Assurer un accompagnement (mentorat, ressources financières, formation adaptée) qui donne aux jeunes la possibilité de s’exprimer et d’influencer sans être marginalisé·e·s. Favoriser la transformation des institutions elles-mêmes pour qu’elles deviennent réellement représentatives et accueillantes. L’objectif est d’enrichir les institutions de l’apport de cette jeunesse grâce à ses réalités et sa créativité. Le racisme subi par les Haïtiens dans les années 1980 1. Depuis les années 80, plusieurs vagues de migration haïtienne ont façonné l’histoire du Québec. Selon vous, qu’est-ce qu’on oublie trop souvent de dire sur ce parcours migratoire et sur les réalités que la communauté a dû affronter ici ? Il y a plusieurs éléments que l’on passe presque toujours sous silence lorsqu’on aborde les rapports historiques d’immigration entre Haïti et le Québec. D’abord, on oublie souvent qu’Haïti et le Québec sont liés par des mouvements de mobilité et d’immigration depuis l’établissement du commerce intercolonial entre Québec, Port-Royal et Saint-Domingue. En plus des marchandises qui circulaient, il y avait aussi des hommes et des femmes. C’est ce qui explique que, dès 1728, il existe des preuves évidentes d’installation d’Haïtiens à Québec.Deux événements historiques allaient complètement changer le cours de cette histoire : d’une part, la chute de Québec entre les mains des Anglais en 1759 ; d’autre part, la défaite de la monarchie française à Saint-Domingue lors des luttes révolutionnaires menant à la fondation de la République d’Haïti en 1804. Un autre aspect souvent négligé est la grande affinité, la sincère sympathie, qui existait entre les Canadiens français et les Haïtiens après s’être ignorée mutuellement pendant le XIXe siècle. Au, les élites des deux pays se rapprochèrent : il y eut l’établissement de relations diplomatiques, des coopérations religieuses dans le domaine de l’éducation, des bourses d’études, etc. L’un des personnages ayant documenté cet enthousiasme entre les élites des deux pays est l’abbé Gringa. Ce dernier décrivait les Haïtiens comme « plus cultivés que les Québécois », affirmant qu’ils étaient « Français par la culture, chrétiens par la foi, Canadiens par l’amitié » (Icart, 2006). C’est à la faveur de cette amitié et de cette grande complicité qu’eut lieu la première vague migratoire haïtienne au milieu des années 1960, composée pour la plupart de personnes fuyant la dictature des Duvalier. Cette vague a bénéficié de conditions « d’intégration » très favorables dans le contexte de la Révolution tranquille, où des milliers d’Haïtiens ont travaillé comme